Le jardin est une composition de bouteilles en plastique découpées et modelées en formes florales, portées par des tiges de fil de fer. Ces dernières sont insérées dans le parquet, comme si la matière artificielle avait pris racine dans le sol même du lieu. Le plastique devient pétale ; l’objet jetable se transforme en plante. La lumière joue un rôle essentiel : elle traverse les fragments translucides, projette des ombres colorées, agrandit les formes au sol. Le jardin se dédouble alors : à la présence matérielle des fleurs répond un second jardin d’ombres, plus vaste, mouvant, fragile — une floraison immatérielle qui évolue au fil du jour.
Mais ce jardin est paradoxal. Il évoque la nature, la fête, l’enfance, tout en étant constitué de déchets domestiques et de matériaux manufacturés. Ce qui devrait être vivant est ici produit par découpe, assemblage et contrainte. La croissance n’est plus biologique : elle est suggérée par les variations lumineuses et les déplacements des ombres.
En faisant éclore ces « fleurs » du parquet, l’œuvre met en tension nature et artifice, beauté et pollution. Le désir de nature se confronte à la réalité matérielle du monde contemporain. Le jardin apparaît alors comme une utopie inquiète : une tentative de faire du vivant avec ce qui reste — une floraison de récupération, à la fois lumineuse et critique.