Les fenêtres se présentent comme des volumes de matière légère : des feuilles de polyester et des papiers de soie colorés, assemblés en strates translucides, puis pliés, ouverts, parfois déformés. Elles dessinent des architectures fragiles où l’espace se construit par superposition de matière. La lumière traverse les couches, fait vibrer les couleurs, révèle plis, bords et coutures ; le paysage apparaît dans le cadre de la fenêtre comme une présence instable, sensible aux variations du lieu et du regard.
Ces fenêtres ne donnent pas sur un monde défini, mais fonctionnent comme des seuils, des zones d’entre-deux où intérieur et extérieur, souvenir et regard s’interpénètrent. Le spectateur est maintenu dans un état d’incertitude, face à un paysage sans cesse renouvelé par sa propre subjectivité et par les transformations du lieu d’exposition.
Par un retournement troublant, la mise en volume enveloppe le monde extérieur dans l’espace intérieur. Pris dans l’épaisseur et les replis de l’œuvre, le dehors devient objet appropriable depuis l’intérieur, piégé dans l’épaisseur de la fenêtre. Ce glissement transforme l’acte de voir en une manière de saisir le monde, de le posséder par le regard. L’œuvre invite ainsi, de façon ludique et séduisante, à éprouver cette ambiguïté entre intérieur et extérieur, entre familier et inconnu, entre voir et pouvoir.