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parc des Buttes Chaumont 01
Les Buttes Chaumont
2010
peintures et collages sur papier
Le parc

Le parc des Buttes-Chaumont est, à l’image de Paris, la rencontre de mille lieux et d’autant de populations en un paysage qui nous semble unique. Produit de l’éclectisme du XIXᵉ siècle, le parc se présente comme un étrange catalogue de paysages merveilleux, naturalistes ou grotesques — un jardin des délices, une nature idéalisée conçue pour le seul plaisir des hommes, concentrant sur quelques arpents toutes les merveilles du monde. Lac, prairies, champs fleuris, grotte, forêt de conifères, falaises, sentiers aériens, ruisseaux et rocailles composent un décor foisonnant. Routes et chemins sinueux alternent passages creux et points de vue dégagés, entraînant les promeneurs dans les méandres de paysages successifs.

Conçu comme une succession de tableaux pittoresques, le parc met en scène l’organisation sociale compartimentée du Second Empire au sein d’une nature fabriquée, destinée à la naturaliser. Ce collage aux mille replis permet paradoxalement la coexistence des multiples communautés qui composent le Paris multiculturel contemporain, transformant le parc en une multitude de scènes où les êtres se croisent sans s’effleurer. Joggeurs, flâneurs, grappilleurs, retraités, mariés de toutes cultures, pêcheurs, enfants, touristes, amoureux, familles de toutes origines, musiciens, aquarellistes, pratiquants de boxe anglaise, de tai-chi ou de gymnastique, pique-niqueurs, explorateurs urbains, lecteurs, skieurs, religieux ou artistes absorbés par leurs activités et leurs rituels respectifs se côtoient sans se connaître. Chaque groupe occupe ses zones, ses horaires, ses hauteurs ou ses replis. De ces usages contradictoires naissent des territoires mouvants, réglés par des calendriers implicites. Les animaux participent eux aussi à cette cartographie instable : fauvettes, mésanges charbonnière et bleue, chouette hulotte, bernaches du Canada, corneilles, canards colverts, mouettes rieuses, hérons cendrés ou perruches à collier luttent pour maintenir ou développer leurs territoires respectifs.

Avec le temps, le parc vieillit et ses équilibres se fragilisent. Les rocailles se fissurent, les fontaines se tarissent, les arbres vacillent. Les travaux de sauvegarde ferment temporairement certaines zones, déplaçant les circulations et redistribuant les frontières invisibles entre communautés. Les désordres du parc se répercutent sur les usages humains : les territoires se recomposent, les équilibres se déplacent. Des conflits d’usage, parfois violents, opposent certains groupes, révélant les tensions liées à la cohabitation des espaces comme des corps. Ce paysage apparaît alors comme un laboratoire social à ciel ouvert, où se jouent des négociations permanentes de l’espace. Le parc devient un organisme vivant, fragile, traversé de forces contradictoires — un miroir sensible des tensions et des fragilités de la ville contemporaine.

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