Les accoudés composent une scène immobile, un instant suspendu. Autour d’une table, des corps se rassemblent, se frôlent presque, mais demeurent séparés par une distance étrange — celle du silence intérieur. Accoudés, penchés, ils attendent ou se souviennent, sans que l’on sache de quoi. L’attitude est familière — celle des cafés, des réunions, des fins de journée — et pourtant tout vacille.
Réalisées en papier de soie, pigments et colle, les figures sont à la fois présentes et menacées. La fragilité de la matière rend les corps vulnérables, translucides, presque spectraux. Les traits, rapides et insistants, traversent les visages comme une nervure, comme une inquiétude. Rien n’est fixé : ni l’identité, ni l’expression, ni même les contours. La lumière glisse sur les surfaces, révélant les transparences et accentuant la précarité des formes.
L’œuvre tient dans cette contradiction : une scène sociale simple, quotidienne, rendue incertaine, comme si la conversation avait été effacée. La table devient un seuil, un lieu de proximité muette où les pensées se frôlent sans se dire. Il ne reste que l’essentiel : des présences, une lumière, une communauté silencieuse, suspendue entre attente et mémoire.