Les planches-contacts empruntent leur forme aux planches-contacts photographiques : une suite de collages disposés en grille, fragments possibles d’une même séquence, moments rapprochés, parfois répétitifs. La finesse du papier, la superposition des couches et la fragilité du matériau produisent une image instable, jamais totalement fixée.
Si elles reprennent à la photographie argentique ses cadres noirs, sa trame et ses bords irréguliers, ces images ne procèdent d’aucune prise de vue. Elles résultent d’un geste de construction, d’un assemblage de matières imitant un médium sans jamais s’y soumettre. Ce qui est donné à voir demeure incertain, oscillant entre apparition et effacement. L’image ne fixe pas un événement : elle évoque les illusions d’une mémoire visuelle par essence instable.
Ces images ne prouvent rien, ne valident rien : elles instaurent un contact avec le réel, médiatisé non par l’objectif mais par le geste et la matière. Chaque image fonctionne comme une impression plutôt que comme une trace : non pas l’enregistrement d’un événement, mais la reconstruction d’un souvenir à partir de fragments, de manques et de répétitions. La mémoire y apparaît comme une recomposition permanente d’impressions floues, un processus instable, toujours en mouvement.