Le papier de soie donne à ces corps une matière fragile. Leur présence est réelle, mais traversée de transparences. Les pigments, en lavis, laissent circuler la lumière et font vibrer les contours. La couleur n’habille pas : elle traverse. Elle maintient l’image dans une densité légère, presque respirée.
Le titre — Les sirènes — renvoie à un imaginaire ancien, mais l’œuvre en déplace le sens. Ici, la sirène n’est ni séduction ni menace. Elle devient une figure d’abandon et de plénitude : un corps qui échappe à la pesanteur, une présence libre, comme soustraite au monde ordinaire.
Cette liberté reste pourtant précaire. La translucidité, la finesse des couches, la fragilité des matières et du collage rappellent que l’image tient à peu : elle pourrait se froisser, s’effacer, se dissoudre. Les sirènes propose ainsi une sensation rare : une plénitude légère, une liberté silencieuse — tenue dans une matière vulnérable.