L’eau du canal est une composition de papiers de soie superposés, imprégnés de pigments et assemblés par collage. L’œuvre ne représente pas un lieu de manière descriptive : elle retient une sensation — celle d’une surface d’eau, de sa lenteur, de ses reflets, de ses courants presque immobiles, des déchets qu’elle charrie.
Le papier de soie, fragile et translucide, convient à cette image spectrale. Il laisse circuler la lumière, produit des profondeurs sur lesquelles dérivent des objets inconnus : lettres, cadran de pendule, éléments a-végétaux. Les couches se mêlent comme des nappes, des ondes, des dépôts, laissant affleurer des traces, des survivances, des fragments de mémoire.
Les pigments, diffusés dans la fibre, inscrivent une vibration lente dans la matière picturale. Une surface stratifiée, saturée de passages, où la couleur se dépose, se dilue, persiste. L’eau du canal propose ainsi une peinture de la persistance — une image calme et fantomatique, faite de transparences, de recouvrements et de détritus, où l’eau devient mémoire : un palimpseste liquide, une surface qui retient le temps.