Drapées ! présente des figures en carton, assemblées par collage. Les silhouettes, dressées dans l’espace, se construisent par plis, chutes et superpositions : le matériau pauvre et rigide prend l’aspect d’un tissu, d’un vêtement, d’un drapé. Le carton cesse d’être un support ou un rebut ; il devient matière de sculpture.
La série renvoie à une mémoire ancienne des formes. Par leur frontalité, leur stabilité, leur présence verticale, ces figures évoquent les sculptures étrusques ou grecques : des corps debout ou étendus, condensés, presque votifs, où l’être s’affirme moins par le visage que par la tenue du corps et la puissance du volume.
Le drapé convoque la tradition : celle de la peinture classique, où le pli du tissu n’est jamais décoratif, mais structure la figure, révèle un mouvement, construit la lumière. Ici, le drapé est rejoué avec une matière inattendue : le carton, plié et collé, produit des lignes, des chutes, des tensions qui rappellent la noblesse des étoffes — mais dans une pauvreté assumée.
Ainsi, Drapées ! opère un renversement : elle fait revenir une iconographie ancienne (statues, plis, vêtements) dans une matière contemporaine, ordinaire. Entre archaïsme et récupération, le carton devient une matière sculpturale, et le drapé une manière de donner au corps sa dignité silencieuse.